Extrait du manuel de Clean Coaching – Autorisation de Bogena Pieskiewicz

Bogena Pieskiewicz

En quoi le Clean Coaching est-il innovant ?

L’arrivée du Clean Coaching en France

La découverte Clean a transformé mes pratiques professionnelles dans le coaching. Et pas seulement les miennes. En effet, cette approche a également bouleversé celles des autres membres du réseau Clean, quels que soient leurs métiers (thérapeute, enseignant, manager, praticien santé, conseiller, RH). A l’origine de notre histoire : un homme, David Grove, et une femme Jennifer De Gandt. Le premier est à la source de la méthode, la seconde est l’initiatrice de la démarche en France.

Qui est David Grove ?

Psychothérapeute néo-zélandais, David Grove pratique aux États-Unis dans les années 1980 et développe des méthodes cliniques pour résoudre les souvenirs traumatiques. Il travaille avec les victimes de violences (abus, viols, incestes) et s’intéressera plus tard aux traumas de la guerre du Vietnam. Lors des séances, il repère que ses patients utilisent spontanément la métaphore, voire même ce que j’appelle la métaphore personnelle. Celle-ci exprime leurs ressentis et la façon dont ils se représentent ce qui leur est arrivé. Pour l’exprimer, ses patients n’ont pas de mots, la métaphore leur redonne la voix.

Il expérimente alors une approche unique : il poursuit la conversation sur le même mode et ne cherche pas à interpréter ou à proposer sa propre métaphore. Il veille à ne pas contaminer la représentation de la réalité du patient en respectant ses mots avec la plus grande exactitude. Pour lui, même les silences doivent être accueillis car ils font partie de la pensée inconsciente du patient d’où émergent les éléments de la métaphore sous forme d’images, de paroles, de réminiscences… Ce souci de rester neutre est à l’origine de l’appellation de la technique de questionnement qu’il emploie : le Clean Language.

La modélisation symbolique

Ses résultats hors du commun et sa renommée de psychothérapeute innovant attirent l’attention de l’Américaine Penny Tompkins et du Britannique James Lawley. Couple dans la vie, ils sont tous deux enseignants en Programmation Neuro-Linguistique (PNL). Ils proposent à David Grove, sur le modèle de la PNL, de transformer sa compétence intuitive en méthode qui puisse être enseignée. David accepte la proposition en posant comme condition l’interdiction de le questionner sur ce qu’il fait.

Pour appréhender et étudier son approche, Penny et James deviennent à tour de rôle patients et élèves. Ils mettent à plat et formalisent la manière dont David Grove conduit la séance en utilisant la métaphore personnelle du patient. Ils partent de la façon de faire de David Grove pour bâtir une méthode qu’ils baptisent la Modélisation symbolique. Le résultat de cette modélisation fera l’objet d’un livre publié en 2000, à compte d’auteurs. Son titre : Metaphors in Mind – Transformation trough Symbolic Modelling[1].

Le réseau Clean en France – 2001

Le Clean Language et la Modélisation Symbolique vont être introduits en France à l’initiative de Jennifer de Gandt. Professeur d’anglais à travers le monde, Jennifer de Gandt devient, dans les années 1980, enseignante en Progammation Neuro-linguistique et crée NLP Sans Frontières. Elle est aussi une des premières à appliquer cette méthode au monde de l’entreprise. En 1995, en Angleterre, elle rencontre David Grove et se passionne pour son approche originale.

Quand elle fait connaissance de Penny et James en 1996, elle suit leur formation et leur propose de dispenser celle-ci en France. Ce projet prendra quelque temps à voir le jour. La première étape est franchie quand Penny Tompkins et James Lawley présentent le Clean Language lors du congrès de la PNL à Paris en 2001. À partir de cette date, Jennifer De Gandt devient le pivot du développement du clean en France.

Depuis cette date, chaque printemps, elle organise des séminaires didactiques animés par Penny et James à la Bouvetière en Normandie. Je n’en ai manqué aucun. Au début de l’été Jennifer réunit des praticiens et des clients bénévoles pour des sessions de supervision qu’elle assure avec Penny et James. Ces sessions permettront par la suite de délivrer les certifications de facilitateurs en Clean Process, la première ayant lieu en 2007.

Par ailleurs à Paris, Jennifer accueille chaque mois des personnes qui désirent pratiquer. J’y apprends par immersion, étant à tour de rôle coach et client. Elle instaure ainsi une régularité qui se poursuit encore aujourd’hui. Autour d’elle, chacun de nous développe un sentiment d’appartenance à un réseau dédié à la pratique et à la diffusion du clean. C’est ainsi que naît naturellement le Réseau Clean en France.

D’autres techniques : Clean Space, Emergent Knowledge

Pendant ce temps, David Grove est déjà plus loin dans sa recherche permanente pour tisser les ponts entre les sciences et la psyché. Il se passionne pour les théories de systèmes et les recherches en réseaux sociaux. Il développe ainsi une série de protocoles inspirés par les sciences, mais aussi par les traditions de guérison de l’ancienne Grèce et de whakapapa[2] maorie. Il s’inspire par exemple de la théorie du système des vivants qui ont une capacité d’auto-adaptation en fonction du milieu. Il pose l’espace comme milieu d’exploration de la pensée inconsciente. Le client s’y déplace physiquement pour revisiter son histoire personnelle. Il l’appelle le Clean Space.

L’ensemble de ces protocoles post Clean Language portent le nom de Emergent Knowledge (EK) ce qui signifie la connaissance émergente dans la verticalité de la pensée, où l’inconscient cognitif et le conscient se rencontrent.

Les Salons, des lieux de partage

En novembre 2004, David Grove nous livre ses inspirations. Il invente le Salon, lieu de partage où il présente ses recherches et offre aux participants la possibilité de les expérimenter. Lors du dernier séminaire, il crée même un protocole qui va être déterminant pour moi. Il va transformer mon rêve en réalité.

Au cours de celui-ci, je construis en effet mon projet et le matérialise sous forme d’un collage. On y voit, un à un, tous les éléments de ma lignée, marquée par la Seconde Guerre mondiale, ma quête de faire des choses pour apporter la paix, mes différentes étapes de vie, mon identité, tout ce qui donne le sens à mon projet. J’annonce mon intention de transmettre l’approche Clean dans mon pays et ma langue d’origine. Lorsque que je le présente devant le groupe, David Grove propose de m’accompagner. Nous prenons dates pour organiser deux premiers séminaires en 2008 à Varsovie.

Cette posture de David Grove, d’impulser, de soutenir, de permettre que les choses arrivent juste par sa présence, m’a toujours impressionnée, et aujourd’hui je tends à la faire mienne.

Le passage des relais

Ces deux séminaires programmés en Pologne n’auront malheureusement pas lieu. Le 7 janvier 2008, David Grove s’éteint alors qu’il met au point un protocole d’auto-modélisation assistée par e-learning qui porte le nom de Card-I-act. Un nom prémonitoire puisqu’il est victime, ce jour-là, d’une crise cardiaque qui lui est fatale. Malgré son absence, les Salons continuent chaque mois de novembre, réunissant les personnes qui continuent la recherche et la diffusion de ce qu’il a impulsé. Plus fort que sa disparition, le génie de David Grove inspire encore et toujours les chercheurs et praticiens dans tous les pays où il a enseigné à travers le monde.

Vous l’avez compris, la philosophie de cet homme m’a, et m’inspire encore très fortement aujourd’hui. Plus loin que le Clean Language, il m’enseigné la Connaissance Émergente (EK) et fait découvrir sa philosophie. David connecte la personne à son monde intérieur. Il impulse un processus où chacun apprend à son rythme dans un va-et-vient d’informations qui émergent de son for intérieur.

Dans ces pratiques, j’ai pu vivre les changements qui s’opéraient en moi et être le témoin des transformations des autres participants. Ces expériences ont conforté ma vision de l’être humain comme un être complet, tel un système vivant qui apprend et se développe tout long de son existence. Le potentiel de changement est infini. J’adopte alors définitivement comme mode d’accompagnement l’approche Clean.

Le Clean Coaching, art de la facilitation clean

Le Clean Coaching fait partie de la grande famille du coaching. Ce qui le distingue, c’est le positionnement du coach. Celui-ci est auxiliaire du processus de cheminement individuel. Cette posture s’appelle la facilitation, ce que nous allons voir dans cette partie.

Les similitudes entre le coaching et le Clean Coaching

Le mot coacher vient du français cocher. Le cocher est celui qui conduit l’attelage pour amener son client à la destination que ce dernier a choisie. Puis le terme a été utilisé communément pour désigner l’entraîneur sportif, le coach sportif. Par extension, le coach et le coaching, ont ensuite intégré la sphère professionnelle et personnelle :

Le coaching professionnel se définit comme une relation suivie dans une période définie qui permet au client d’obtenir des résultats concrets et mesurables dans sa vie professionnelle et personnelle[3].

Cette définition est commune aux différents types de coaching. Les règles et les champs d’intervention se rejoignent :

  • le cadrage s’effectue sur l’objectif du client, par le biais d’un contrat ;
  • le coach part du principe que le client dispose de toutes les ressources nécessaires pour atteindre les résultats qu’il se fixe ;
  • ’le coach suit des règles éthiques et déontologiques : le non-jugement, le respect, la neutralité, la bienveillance.

Les spécificités du Clean Coaching

Le nom Clean Coaching désigne à la fois la posture du coach, lequel est désigné sous le nom de facilitateur, une méthode d’accompagnement en 4 étapes et une boîte à outils.

Le facilitateur est un coach qui s’efface

Le facilitateur s’inspire de la posture de David Grove. Il sait travailler dans l’instant. Il pose une question Clean qui connecte la personne à son monde intérieur. Il impulse le processus, puis accompagne le client à travers ses représentations en l’aidant par un questionnement ou en lui proposant une exploration sous forme de dessin par exemple.

Le facilitateur part du présupposé que le client est l’expert en problèmes et solutions. Il limite alors ses interventions au strict nécessaire, sachant que plus il devient transparent, plus le client suivra son propre cheminement, et meilleur sera le résultat. Il adopte une attitude clean qui signifie propre, déchargée de son influence. Il s’impose une discipline qui le rend quasi transparent, pour :

  • ne pas chercher à savoir ce que le client a en tête, ou quel sens il attribue à un symbole ou une métaphore ;
  • ne pas contaminer par ses apports, c’est-à-dire ni conseiller, ni même suggérer de métaphores ;
  • ne pas avoir d’attente quant aux résultats ;
  • faire confiance au processus et à l’ingéniosité du client.

Volontairement effacé, le rôle du facilitateur n’en est pas moins essentiel pour créer les conditions qui permettront au processus de mener le client à se connaître lui-même. Le facilitateur aide le client à générer sa métaphore personnelle. Il donne les repères et veille à la transformation dans le monde réel et à la conclusion du processus. Connaissant les arcanes et les étapes de la Modélisation Symbolique, le facilitateur guide son client à travers ce processus.

Un processus où le client apprend de lui-même par lui-même

D’une manière générale, les métaphores sont des mots ou des images simples pour exprimer des états complexes. Quand la métaphore reflète la perception d’un vécu personnel, donne sa vérité propre ou traduit des sentiments, elle devient « métaphore personnelle ». En Clean Coaching, elle fournit la matière pour explorer le processus de pensée et permettre au client d’ouvrir une fenêtre sur son monde intérieur.

Le client est entraîné par le facilitateur à développer sa métaphore personnelle pour y récolter les informations dont il a besoin pour trouver ses propres conclusions et construire ses solutions. Quand la métaphore se transforme, le client perçoit les choses différemment, la compréhension se fait. Le changement se produit comme une conséquence naturelle de la transformation de son mode de pensée.

Le facilitateur fait confiance au processus : le client prendra le chemin qui lui appartient. Il trouvera ses solutions à l’aune de son timing.

La méthode : une alternance entre deux modes de pensées

Mon expérience de thérapeute puis de coach m’a montré que le patient, ou le client, a généralement une bonne connaissance de son problème. Dans le domaine où il sait, il raconte le pourquoi du comment il a ce problème, et tout ce qu’il a tenté pour résoudre sa difficulté. Quand il épuise les explications, il se cogne à la limite du je ne sais pas voire du je ne sais plus. C’est à cet instant que le facilitateur peut proposer un mode opératoire innovant, dans lequel il invite le client à aborder son problème par le biais de la métaphore.

L’intérêt du Clean Coaching est qu’il introduit une alternance entre la pensée logique et rationnelle du cerveau gauche et la pensée métaphorique du cerveau droit.

 

Dans le contexte professionnel du coaching, l’aspect rationnel sera préservé, car le facilitateur fait appel au cerveau gauche pour faire un état des lieux. Il va ensuite progressivement inviter son client à voir sa problématique sous forme d’une métaphore. Le facilitateur va accompagner son client jusqu’à ce qu’il trouve ses propres réponses, puis il va l’aider en fin de session à les intégrer dans son contexte réel. Il suit quatre séquences qui se combinent, formant une boussole à quatre quadrants.

Cette boussole de Clean Coaching permet de suivre toutes les étapes de l’accompagnement et révèle la puissance de la méthode Clean :

  1. Définir l’objectif de la séance en faisant appel au cerveau gauche.
  2. Trouver la métaphore personnelle de l’état présent en sollicitant le cerveau droit.

III. Développer le Paysage Métaphorique pour trouver des solutions en faisant appel au cerveau droit.

  1. Mise en œuvre: transformer les solutions métaphoriques en actions en sollicitant le cerveau gauche.

 

extrait version éditeur Duod Inter-Editions 2016

[1] Traduit par les membres du réseau Clean, il a été édité en 2006 sous le titre Métaphore dans la tête, la transformation par la Modélisation Symbolique chez InterEditions.

[2] Whakapapa (se prononce fakapapa en maori) est un principe basé sur la lignée qui comporte en elle le passé et le futur de l’individu.

[3] Définition de l’International Coach Fédération, France.

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