Expérience : Les Deux Vélos

Par Arielle von Saenger – Bardouin. Retranscrit en collaboration avec Éric von Saenger à La Bouvetière, Normandie, France. Novembre 2004.

Cette séance d’accompagnement a lieu chez Arielle qui habite près de Manosque, en Provence. À ce moment, Arielle a déjà suivi un cursus complet de Clean Language et Modélisation Symbolique.

Une jeune femme que j’avais déjà accompagnée en Modélisation Symbolique, m’appelle pour fixer un rendez-vous. Elle me dit avoir un problème avec son fils de trois ans. Elle est enceinte et son fils se met dans de violentes colères et la tape presque chaque jour. Le rendez-vous est donné chez moi, une maison de campagne avec un jardin où des jouets sont disponibles, dont deux vélos : un bleu et un jaune.

Premier rendez-vous, Juin 2004

Le jour venu, la mère et le fils arrivent. En sortant de la voiture, le garçon pose son regard sur les vélos.

Facilitateur : (au garçon) Où voudrais-tu aller, ici (près des vélos), dans le bureau ou dans le jardin ? (montrant avec la main les différents lieux)

Garçon : (Il regarde vers le jardin pendant qu’il touche le vélo bleu, puis le jaune.)

F : Est-ce que tu veux emmener les vélos dans le jardin ?

G : (Il fait oui de la tête et essaye de pousser le vélo bleu mais n’y parvient pas.)

F : Est-ce que tu veux que je porte ce vélo ?

G : (Il fait oui de la tête.)

F : (Je porte le vélo dans les escaliers du jardin puis l’appuie à un muret. Le garçon est resté en haut et tient le vélo jaune, alors je reviens vers lui.)
Est-ce que tu veux que je porte aussi celui-là ? (montrant le vélo)

G : (Il fait oui de la tête, s’arrête en haut des escaliers et attend.)

F : (Je prends le deuxième vélo et suis le garçon dans les escaliers jusqu’au jardin.)

Où veux-tu que je le mette ?

G : (Il montre avec le doigt, un endroit du mur, prés du vélo bleu.)

F : (J’appuie le vélo à l’endroit indiqué.) Est-ce que ça va comme cela ?

G : (Il regarde les deux vélos, puis prend le bleu et le déplace jusqu’à un autre muret du jardin ; il se retourne ensuite vers le vélo jaune, resté appuyé au premier muret, va le chercher et l’amène à côté du bleu, respectant les mêmes dispositions et orientations : d’abord le bleu, puis le jaune.)

F : (Je l’accompagne dans ses mouvements, déplacements, arrêts, hésitations, en répétant ses gestes et regards.)

A partir de là, le garçon fait le tour du jardin en déplaçant les vélos plusieurs fois et en gardant la même organisation : le vélo bleu devant et le jaune derrière. Tout le long, je l’accompagne en reproduisant fidèlement ses mouvements. A la cinquième étape, le garçon revient à son point de départ. Pendant ce temps là, sa mère était venue s’asseoir sur une chaise de jardin.

Mère : (Elle regarde son fils.) C’est difficile… (elle marque une pause)

F : (à la mère) Veux-tu que je t’accompagne maintenant ?

M : Oui (elle détend sa respiration)

F : (au garçon) Je suis un peu avec ta maman maintenant, ça va pour toi ?

G : (Il fait oui de la tête et vient s’appuyer à l’épaule de sa mère.)

F : (à la mère) Où veux-tu que je m’assoie ?

M : Là c’est bien (elle montre une chaise).

Alors, pendant une quinzaine de minutes, j’accompagne la mère en lui posant les questions de base du « clean langage ». Ce faisant, je reste attentive au garçon, guettant une manifestation de sa part. A un moment, il s’éloigne de quelques pas, s’arrête et regarde sa mère. Comme elle le regarde aussi, il s’éloigne encore un peu, puis il remarque une balle en plastique rouge.

G : Oh, la balle ! (il court vers elle et la prend)

F : (à la mère) Je vais avec lui maintenant, ça va pour toi ?

M : Oui (et elle regarde son fils)

Je rejoins alors le garçon et pendant environ cinq minutes, je reste auprès de lui et je reproduis ses gestes et ses déplacements : prendre la balle, la lancer, aller la chercher, sourire, rire. Puis, comme l’intensité de son rire se calme et sachant que l’heure de la fin du rendez-vous approche, j’arrête de reproduire et d’accompagner ses gestes ; Alors, le garçon revient la balle à la main et me regarde.

F : (au garçon) C’est l’heure d’arrêter le jeu maintenant.

G : (Il serre la balle contre son ventre.)

F : (en regardant la balle, je reproduis son geste vers le ventre) Est-ce que tu veux l’emmener avec toi ?

G : (Il fait oui de la tête)

La mère se lève et s’apprête à ranger les vélos. Tout de suite, le garçon accourt et l’en empêche en posant sa main sur le vélo, alors la mère renonce.

F : (au garçon) Est-ce que tu veux que les vélos restent là ?

G : (Il fait oui de la tête)

F : D’accord.

Le garçon va vers la voiture, serrant la balle contre lui et attend sa mère devant la portière. La mère le suit et ils s’en vont.

Deuxième rendez-vous, Août 2004

La mère a accouché depuis quinze jours, elle m’appelle pour prendre un nouveau rendez-vous, que le garçon a demandé deux fois.

Le jour venu, la mère, le bébé et le garçon arrivent. Le garçon tient dans sa main la balle rouge qu’il avait emmenée la dernière fois.

G : (Dès qu’il sort de la voiture, il regarde là où étaient les vélos la première fois.)
Ils sont où les vélos ?

F : Les vélos, ils sont dans le garage. (montrant le garage)

G : (Il regarde dans la direction indiquée.)

F : Est-ce que tu veux aller les voir ?

G : Oui

Je vais dans la garage, suivie par le garçon ; arrivés devant les vélos, il me devance, prend le bleu et regarde dehors.

F : Est-ce que tu veux le sortir ?

G : Oui (il pousse le vélo bleu de quelques pas, s’arrête, se retourne vers le jaune puis me regarde)

F : Est-ce que tu veux que je prenne celui-là ? (montrant le jaune)

G : Oui (souriant)

Alors, en poussant le vélo jaune, je suis le garçon jusqu’en haut des escaliers du jardin. Après lui avoir demandé son accord, j’emmène les deux vélos dans le jardin et il me suit. Pendant que je l’attend en tenant les vélos, le garçon va remettre la balle rouge là où il l’avait trouvée, puis revient, prend le vélo bleu et va l’appuyer au muret tel qu’il l’avait laissé la dernière fois. Après cela, il revient vers moi,( je n’ai pas bougé) prend le vélo jaune et le replace derrière le bleu.

A partir de là, il commence le même jeu que lors de la première séance, en appuyant successivement les vélos à la même place, dans le même ordre, tout autour du jardin, mettant à chaque fois le vélo bleu devant le jaune. Cependant, lors de cette deuxième séance, ses mouvements sont plus rapides et il se déplace en souriant.

Comme la première fois, je suis auprès de lui et je reproduis ses gestes et ses déplacements. Mais alors qu’il revient avec le vélo bleu vers le point de départ, il s’arrête à côté de moi et se retourne vers le jaune en hésitant. Je tends alors mes mains vers lui pour tenir le vélo bleu, il me le laisse et va chercher le jaune qu’il couche dans l’herbe à son retour.

G : Il fait dodo.

F : (regardant le vélo) Et il fait dodo ?

G : Oui, il est fatigué (puis il regarde le vélo bleu que je tient toujours).

F : Ah, il est fatigué (je regarde le vélo jaune, puis le vélo bleu).

G : (Il vient prendre le vélo bleu et va le coucher sur le jaune) Il fait dodo aussi.

F : Il fait dodo aussi. Et quand il fait dodo aussi, qu’est-ce qu’il se passe pour…(montrant le vélo jaune) ?

G : (Il regarde le vélo jaune, puis le bleu)

F : (Je reproduis ses regards) Et quand il fait dodo aussi, est-ce que ça va pour…(montrant le bleu) ?

G : (Il fait oui de la tête)

F : Et…(je refait le oui avec la tête), et est-ce que…(je me tourne vers le vélo bleu) peut faire dodo aussi ?

G : Oui (après un moment, il relève le vélo bleu), il a fini de faire dodo (il va l’appuyer au muret, à sa place initiale et reste debout à ses côtés).

F : Et il a fini de faire dodo.

G : (Il laisse le vélo bleu, va s’asseoir sur un autre muret et regarde le vélo jaune couché devant lui. Puis, il relève la tête et me dit les yeux dans les yeux 🙂

Elle s’appelle Eva, ma petite sœur…

Il reste ainsi longtemps à regarder le vélo jaune, je fais de même. Ensuite, il regarde vers la maison, se lève et va voir sa mère qui est à l’intérieur avec le bébé. Je le suis. Le garçon se blottit alors contre sa mère, assise dans un fauteuil, le bébé endormi sur les genoux. Elle l’enlace et le caresse avec la main.

Une longue pause suit, pendant laquelle la mère et moi échangeons des regards.

Avant de partir, le garçon ramasse deux boules de cyprès, tombées à côté de l’arbre et va attendre sa mère à la portière de la voiture. Il s’assied à l’intérieur et pose les boules sur ses genoux puis ils s’en vont.

Épilogue

Le lendemain, la mère m’appelle, comme je le lui avais suggéré d’un geste alors qu’elle m’interrogeait du regard au moment de se dire « au revoir ». Elle veut me parler et c’est important, pour moi, à ce moment là, de lui offrir la structure de la séance plutôt que son contenu (les paroles du garçon). Je lui explique donc, que le jeu des vélos a permis à son fils d’intégrer la présence de sa petite sœur. En écho à cela, elle me dit sa difficulté à jouer avec son fils et se souvient qu’il lui a déjà proposé un jeu avec deux petites motos en plastique. Elle n’a pas été capable de prendre du temps pour cela jusqu’ici, mais se sent disposée à le faire un peu, maintenant.

Un mois plus tard, fin septembre, la mère et moi nous rencontrons par hasard. Elle me dit alors combien son fils est plus calme maintenant, qu’il demande à aller à l’école et qu’il parle de sa petite sœur en l’appelant par son nom…

© Arielle von Saenger-Bardouin

Contact : avonsaenger@wanadoo.fr

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